Expert comptable, un métier en pleine mutation !

Christine Rodrigues, expert-comptableChristine Rodrigues, EX-INE, a rejoint le Pôle Services de Convergences en 2019 comme expert comptable. Elle nous décrit son parcours et comment cette profession évolue.

Comment devient-on expert comptable ?

« Il faut être inscrit à l’Ordre des experts comptables (OEC) et pour cela justifier d’études jusqu’à Bac+8. Le parcours se définit par l’obtention d’un DCG (Diplôme de Comptabilité et Gestion) en 3 ans, suivi d’un DSCG (Diplôme Supérieur de Comptabilité et Gestion) en 2 ans. Puis, il faut réaliser un stage de 3 ans dans un cabinet comptable (avec une possibilité de faire une année en entreprise et donc deux années en cabinet). À l’issue de ce stage, le mémorialiste présente devant un jury (spécialisé dans les domaines du mémoire) une thèse originale qui apporte quelque chose à la profession. »

Qu’aviez-vous présenté ?

« Le risque pénal dans les organismes de formation ; je proposais des grilles de lecture pour détecter les délits en matière d’obtention de subventions à la formation. Le sujet, nouveau à l’époque, s’est considérablement développé dans tous les cabinets, en liaison notamment avec Tracfin. »

Comment êtes-vous venue à ce métier ?

« Un peu par hasard, ne pensant pas devenir comptable. J’ai commencé tout en bas par un CAP d’employée de bureau en vue de faire du secrétariat mais on m’a rapidement orientée vers la comptabilité en fonction de mes capacités d’analyse et de logique ; et j’ai suivi tout le cursus comptable, juridique et financier qui mène au Diplôme d’Expert-Comptable.

J’ai travaillé 20 ans comme salariée d’un cabinet, mais de façon totalement autonome. À l’époque, le métier nécessitait une forte reconnaissance. Il fallait avoir sa plaque dans la rue et on commençait en s’associant dans une structure existante ou en rachetant une clientèle. Avec le développement des réseaux professionnels comme Convergences, qui permettent de se faire connaître, il est plus facile aujourd’hui d’ouvrir un cabinet ex-nihilo. J’ai décidé de me lancer en janvier 2019 en créant ma propre structure. »

Quels sont les autres changements dans ce métier ?

« D’abord la profession se féminise. Il est plus facile à une femme de faire sa place et il y en a de plus en plus.

L’autre changement est la digitalisation et l’automatisation des process. Des applications permettent aujourd’hui de traiter la comptabilité de façon plus ou moins profonde de sorte qu’on peut déléguer à un expert-comptable tout ou partie de cette activité. L’époque où on allait voir son comptable une fois l’an avec toutes ses factures dans une boite à chaussures est révolue ! Des logiciels permettent aujourd’hui de rentrer ses factures de ventes et ses factures d’achats au fur et à mesure. Ce temps gagné permet au dirigeant et à l’expert-comptable des rencontres axées sur le conseil, les perspectives de développement, l’évolution du cadre légal et des échanges sur les problématiques rencontrées.

Le cadre fiscal français et européen évolue également dans un sens de simplification et conduit à de nouvelles procédures. Pour les marchés publics par exemple, il est obligatoire de déposer ses factures sur le portail Chorus .

Cette obligation est prévue pour le 1er janvier 2023 pour les grandes entreprises et 1er janvier 2025 pour les autres sociétés (au sens large) sur un système similaire à Chorus (en cours d’élaboration).

Le but à terme est de remplacer les factures papier ou PDF par des factures électroniques qui pourront être récupérées par l’État afin de proposer des déclarations de TVA pré-remplies et d’éviter les fraudes. L’identification se fera par le nom et le SIREN.

Depuis le 1er janvier 2014, le FEC (Fichier des Écritures Comptables) est un fichier récapitulatif de toute l’activité comptable et permet à l’Administration Fiscale, à sa demande ou lors d’un contrôle fiscal, de détecter les anomalies. Il pourrait être rendu obligatoire mensuellement en lieu et place de la liasse fiscale annuelle.

On pourrait donc penser que toutes ces automatisations menacent notre métier de disparition. C’est pourquoi l’expert-comptable s’oriente de plus en plus vers le conseil aux entreprises et aux dirigeants dans un contexte de multiplication des lois, décrets et jurisprudence. Par exemple, la période de confinement a donné lieu à 25 décrets et 3 lois de Finances ! »

Comment suivez-vous toutes ces évolutions ?

« Sur Internet à partir de sources professionnelles, sur des manifestations et des formations. Dernièrement, j’étais aux Universités d’été des experts-comptables du 1er au 3 septembre qui ont eu lieu au Palais des Congrès Porte Maillot. Fin de mois, je participerai au Congrès de l’Ordre des Experts-Comptables qui pour une première fois aura lieu uniquement virtuellement. Des ateliers avec des intervenants spécialisés permettent d’approfondir des sujets d’actualité en liaison avec la profession, la comptabilité, la fiscalité, le social, le juridique ou l’informatique. »

Un autre aspect de votre métier ?

« Oui, c’est l’explosion de la cybercriminalité, qui a augmenté de 600% pendant le COVID. Ainsi, récemment, la jurisprudence a confirmé la position des banques qui se dégagent de leurs responsabilités, dès l’instant qu’elles peuvent prouver que la victime a communiqué consciemment ou inconsciemment ses données bancaires. Mon rôle est alors d’alerter et de prévenir mes clients sur leur responsabilité et de maintenir leur vigilance face à la multiplication des méthodes. De plus, les cybercriminels ciblent de plus en plus des professions ou des corporations déterminées et même le métier d’expert-comptable est visé ! »


Christine RODRIGUES
16 rue Henri Matisse 78280 GUYANCOURT
06.07.99.28.03
sasu.ex.ine@gmail.com

Patrick Germain